Chroniques étudiantes: Regards sur l’environnement et le droit | Justice environnementale, arbres et droit

Dans ce billet, Dayna Rachkowski, doctorante à l’Institute of Resources, Environment, and Sustainability (IRES) de l’Université de la Colombie-Britannique, partage ce qu’elle a retenu de la troisième et dernière journée de notre Conférence annuelle 2025 sur l’environnement et le droit, entre réflexions personnelles et moments marquants des discussions.
Lors de la troisième et dernière journée de la 49e conférence annuelle de l’Institut canadien d’administration de la justice sur l’environnement et le droit, les participants ont conclu une conférence qui a pris le temps d’explorer l’interconnexion entre le droit et l’environnement. Les conférenciers nous ont présenté des causes climatiques marquantes, telles que Mathur c. Ontario, nous ont fait participer à une activité interactive dans le cadre d’un atelier RELAW et nous ont engagés dans des panels de discussion instructifs, qui ont approfondi les questions d’éthique complexes et le délicat équilibre entre la priorisation de l’économie et les besoins planétaires que nous devons respecter afin de vivre sainement pour les générations à venir. Cette semaine a mis en lumière le droit et le rôle qu’il a à jouer dans l’atténuation de notre crise climatique actuelle et dans l’adaptation à celle-ci — en s’entrelaçant avec les lois et pratiques autochtones existantes, en défendant notre droit de vivre dans un environnement sain et en encadrant les entreprises qui sous-priorisent de façon récurrente les ressources naturelles et les paysages qui nous entourent.
Justice environnementale
La justice environnementale occupait une place centrale dans mes réflexions tout au long de nos discussions — et la Dre Micaela Martinez a illustré ce concept de façon explicite lors de la troisième journée, en utilisant l’analogie d’un arbre incliné. Lorsque nous voulons être équitables, nous distribuons des échelles de même longueur pour aider tout le monde à cueillir des fruits sur les branches inégales d’un arbre. Lorsque nous voulons faire preuve d’équité réelle, nous donnons des échelles à ceux qui en ont besoin pour cueillir les fruits, puis peut-être — juste peut-être — nous regardons cet arbre incliné lui-même (le système) et nous nous demandons ce que nous pouvons faire pour le redresser. Sur le plan thématique, dans le cadre de cette conférence, le droit constitue un exemple parfait d’arbre incliné que nous pouvons transformer afin de renforcer les pratiques de justice environnementale.
Redresser la forêt
La Dre Martinez a abordé les solutions en matière de justice environnementale en décrivant la nécessité de se concentrer sur les quatre piliers de la justice (distributive, procédurale, de reconnaissance et réparatrice). Cela permet d’éviter que la justice environnementale ne devienne creuse. Cela signifie s’éloigner de pratiques qui perpétuent des injustices continues (p. ex., les crédits carbone) et examiner ce qui se passe dans nos propres communautés et autour de celles-ci afin de comprendre comment nous pouvons adapter la justice pour rejoindre concrètement les personnes là où elles se trouvent.
Lors de son intervention au panel, la Dre Suzanne Simard a posé la question suivante : « Et si nous pouvions redresser nos forêts ? » Elle faisait référence à la déforestation rapide causée par l’exploitation forestière et le développement urbain. Toutefois, pour moi, cela représentait le lien entre l’amélioration de nos lois dans le contexte de la santé environnementale et le potentiel d’aider les forêts, tout en redressant simultanément l’arbre incliné (le système). La Dre Simard a poursuivi en reconnaissant la nécessité d’intégrer ce que nous avons appris de la science, des gardiens du savoir autochtone et des arbres eux-mêmes afin de protéger nos forêts.
Elle a ensuite expliqué que nous savons maintenant qu’il n’est plus aussi avantageux, sur le plan économique ou environnemental, de poursuivre l’exploitation forestière à des rythmes rapides. Plus précisément, la capacité de captation du carbone de nos forêts anciennes présente un bénéfice environnemental et économique plus important lorsqu’elles demeurent sur pied que lorsqu’elles sont entreposées dans une cour à bois. La transposition de ce type de connaissances dans nos lois peut prendre plusieurs formes. La protection des forêts anciennes contre l’exploitation forestière demeure primordiale. De plus, l’avancement des droits de la nature et du droit à un environnement sain au-delà de la seule Loi canadienne sur la protection de l’environnement est également important. La reconnaissance du pluralisme entre les systèmes de gouvernance et de droit autochtones existants et le droit canadien lors de la prise de décisions en matière de conservation renforcera davantage le droit de l’environnement.
Le Dr Chris Russill a expliqué comment, par le passé, des entreprises ont pu présenter de façon trompeuse leurs valeurs pour donner l’impression qu’elles priorisent l’environnement. Ce concept, connu sous le nom d’« écoblanchiment », est passé de déclarations du type « notre produit redonne aux arbres ! » à des engagements aspirants en matière de responsabilité sociale des entreprises. Les consommateurs pouvaient voir des affirmations telles que « nous avons l’intention de reconstituer une forêt d’ici 2030 » ou que les valeurs d’une entreprise s’alignent avec des « pratiques respectueuses des arbres » (lesquelles, demandez-vous ? elles n’ont pas à nous le dire). Le Dr Russill a ensuite parlé du tort que cela cause — en créant presque une polarité ou une « crainte » pour les entreprises de s’exprimer ouvertement sur leur amour réel et durable des arbres. Comment une entreprise peut-elle faire quelque chose de bien si personne n’est là pour l’entendre ? Il s’agissait d’un exemple où l’on peut voir le droit réagir afin de protéger notre environnement, notamment par l’adoption de la Loi sur la concurrence. Celle-ci aide à bloquer ces affirmations aspirantes sans preuve, empêchant les entreprises de miser sur des promesses de durabilité future et les obligeant plutôt à s’enraciner dans de véritables pratiques durables.
Pour conclure la journée, nous avons ensuite porté notre attention sur le dernier panel, au cours duquel les participants se demandaient : « Où allons-nous à partir d’ici ? » À titre d’ombudsman (protecteur du citoyen) chargé de veiller à ce que les organismes publics offrent un traitement équitable à toutes les personnes, Jay Chalke a examiné des solutions de rechange à la justice administrative. Dans un contexte de changements climatiques et d’augmentation des catastrophes naturelles, Chalke se concentre sur l’examen des programmes gouvernementaux afin de s’assurer que les systèmes répondent aux besoins des personnes dans un environnement en mutation, en harmonisant les effets visés des programmes avec les résultats perçus par les communautés. En discutant avec les personnes qui reçoivent de l’aide lors de catastrophes climatiques, telles que les feux de forêt ou les dômes de chaleur urbains, ainsi qu’avec les scientifiques qui prévoient les événements climatiques futurs, nous pouvons être mieux outillés pour aider l’ensemble des personnes vivant dans notre pays et assurer la disponibilité de soins équitables et accessibles dans les moments les plus critiques.
Catherine Choquette a également souligné la rigidité de notre système juridique et la façon dont l’évolution vers des systèmes de gouvernance normative pourrait constituer la meilleure manière de faire face à l’incertitude dans un climat en changement. Actuellement, notre modèle descendant (ou les approches fondées sur la consultation) rend souvent difficile l’adoption de l’humilité et de la souplesse en période d’incertitude. Choquette a exposé la possibilité — et la nécessité — d’évoluer vers des méthodologies décisionnelles normatives, dans lesquelles l’ensemble des parties prenantes et des titulaires de droits sont inclus dans la facilitation du dialogue afin de coconstruire des solutions, indépendamment du pouvoir décisionnel antérieur. Cela intègre le thème de la reconnaissance du pluralisme entre les lois autochtones et occidentales, la nécessité de la justice environnementale et même la prise en compte de nouveaux acteurs, tels que l’environnement lui-même.
Enfin, Terri-Lynn Williams-Davidson nous a ramenés à nos arbres, à nos terres et à nos peuples. Ses discussions portaient sur le pluralisme juridique, les avancées et les droits du peuple de Haida Gwaii. L’adoption de la DNUDPA et du projet de loi C-226, ainsi que la reconnaissance de la CVR, constituent autant d’efforts continus visant à tresser les lois, les visions du territoire et les savoirs autochtones au cœur de la conservation. Ce tressage des savoirs permet de respecter les engagements du Canada en matière de réconciliation et représente une avancée dans la reconnaissance de la souveraineté autochtone. Il nous permet également de réfléchir à l’origine de bon nombre de nos concepts environnementaux clés — lesquels proviennent des premiers gardiens de ces territoires. Terri-Lynn nous a guidés à travers les enseignements et les principes haïdas pour interagir avec le territoire : le respect, l’interconnexion, les principes de précaution, le don et le recevoir, le tout dans le but de vivre de façon plus harmonieuse avec notre terre et nos peuples.
Comment voyez-vous l’arbre?
En quittant cette dernière journée, si vous et moi devions imaginer un seul arbre — qu’il soit vivant dans la forêt ou fraîchement coupé dans une cour à bois — il est clair que nos valeurs, nos emplois et nos expériences vécues façonnent la manière dont nous percevons cet arbre et la façon dont nous pourrions le redresser. Peut-être voyez-vous l’arbre comme un résultat économique, une source de médicaments, un parent, un client à défendre, de l’ombre en milieu urbain contre la chaleur estivale ou une victime des feux de forêt. Bien que le pluralisme des points de vue et des voix puisse sembler écrasant, l’intégration de ces perspectives dans notre manière d’interpréter le droit et de modifier nos systèmes existants est la clé pour trouver une nouvelle voie équitable vers l’avenir.
Arroser nos racines, ensemble
En période de polarisation croissante, il peut être facile de se replier sur soi-même ou de n’échanger qu’avec ceux qui voient l’arbre de la même manière que nous. Il peut sembler plus simple de partager nos récits, notre science et nos lois avec des personnes qui partagent déjà une opinion semblable; toutefois, ce faisant, nous risquons de manquer l’occasion d’offrir aux autres un rôle à jouer. Williams-Davidson nous a partagé le discours du chef Skidegate, rappelant à tous que nos racines sont toujours plus fortes lorsque nous les arrosons ensemble. Ainsi, la prochaine fois que vous rédigerez un article ou travaillerez sur un dossier, il pourrait être utile de sortir de votre cercle habituel de voix et de vous poser de nouvelles questions. Pour qui est-ce équitable? Quelles voix sont entendues dans cette réflexion, et qui puis-je inclure pour la renforcer?
En y réfléchissant, vous pourriez commencer à vous sentir coincé, assis à votre bureau fait de chêne, de cerisier ou peut-être même de teck. Que cela serve de doux rappel d’aller voir un arbre vivant dans toute sa splendeur, à l’extérieur, dans la nature, là où John Borrows a affirmé que « les lois peuvent être considérées comme étant littéralement écrites sur la terre ». Si nous souhaitons représenter notre environnement et les personnes qui y vivent du mieux possible, parfois, la manière la plus simple de trouver la clarté est d’aller dehors et de voir l’arbre par nous-mêmes.
